Communicant et enseignant

Toujours compliqué de parler du Goncourt de l’année. C’est un label, mais parfois presque infamant. Oui, bon, le Goncourt. Si on l’aime, on est snob, si on ne l’aime pas, on est snob, mais différemment.

Bref, La Maison Vide, beau pavé de 700 pages. L’histoire d’une famille de paysans riches propriétaires, de la fin du XIXe siècle à la Libération, racontée par le dernier descendant de la famille, qui rouvre aujourd’hui la maison familiale, abandonnée depuis des décennies.

Ce sont trois générations qui s’entrechoquent, obnubilées par un but : tenir son rang et sa richesse. Mais le rang de cette famille est fascinant, à la fois pilier de l’économie rurale locale et interlope. Regardant de haut les ouvriers agricoles, mais considérés comme des bouseux par les vrais bourgeois. Tenus par des figures tutélaires familiales : l’ancêtre soldat de Napoléon, le héros de la Grande Guerre…

Ce tiraillement entre deux mondes vient marquer pour la vie chaque membre de la famille… et principalement des femmes, étant donné que la lignée est féminine, changeant de nom à chaque génération. Il faut faire un mariage pour amener un homme, un vrai, mais pas trop non plus pour garder le contrôle. Il faut faire taire ses envies personnelles. Il faut rester fidèle à la famille et aux valeurs paysannes.

Le résultat est assez attendu : des traumas à chaque génération… jusqu’à la rupture. Il n’y a pas de jugement cependant, les violences infligées à chaque membre de la famille ne sont pas pires (et souvent plus « douces » et « bienveillantes ») que celles que connaissent les vrais pauvres ou les bourgeois qui les côtoient.

On est sur un livre qui rappelle (et convoque) plusieurs figures tutélaires. La Recherche du temps perdu, de manière transparente, la famille s’appelant Proust à sa première génération. Et les phrases s’étendant, voguant comme celles de Marcel. Mais aussi les Buddenbrook, pour l’aspect « saga familiale économique ». Sans cependant retrouver l’ironie propre à Prout et Mann.

Le propos est différent : c’est un descendant qui fait l’archéologie curieuse et apaisée (le temps a passé) d’une histoire de famille qui ne l’est pas.

Publié sur Instagram le 13 mars 2026