Communicant et enseignant

Un certain génie du jeu vidéo, presqu’inconnu dans les autres arts, réside dans sa capacité à produire des chefs d’œuvre malgré un scénario vide et idiot.

Je ne parle pas d’une épure méta-poétique, à la Mario, qui extrait l’essence d’un récit : chercher sa princesse contre les dragons qui l’entrainent toujours plus loin. Pas, non plus, de scénarios volontairement parodiques, toujours sur le fil du mauvais goût – Borderlands 2 ayant réussi à trouver un équilibre rare, avant de s’effondrer dans le 3. Ni, enfin, de jeux structurellement sans récit, façon SimCity ou Fifa – même si on peut en analyser la vision sociétale, émergent des mécaniques de gameplay.

Doom (ici, son dernier opus, The Dark Ages), est dans une autre catégorie. Il y a bien un scénario, assez complet, mais il est à la fois très sérieux et complètement con, en convoquant pêle-mêle des aliens, le Diable et ses sbires, des chevaliers de l’espace, et votre personnage mutique, le super-héros, nommé canoniquement le Doom Slayer, le Tueur du Jugement, parce que pourquoi pas.

On n’est pas dans le nanar, ce mauvais film involontairement sympathique. Non, on est dans un sérieux bien maîtrisé et nul, jusqu’à en être comique. C’est que l’important est ailleurs. A travers l’abscondité du scénario, il y a une invitation à un défouloir grand-guignolesque d’une grande maîtrise.

Après tout, le jeu promet de défourailler du démon, à grand renfort d’armes plus ou moins exotiques – jusqu’à faire un clin d’œil à la créativité d’un Ratchet & Clank. Le bestiaire est d’une inventivité crade ; les arènes d’une maîtrise qui dépasse la mienne – j’ai baissé la difficulté d’Ultraviolence au très permissif Fais-moi mal, parce que je ne suis pas venu là pour souffrir (j’ai dû me tromper de jeu, certes).

Ce sont des jeux exercices de style : une chorégraphie des doigts et de l’esprit à assimiler, une scansion des rythmes – temps fort, temps calme – à vivre. Et on recommence.

Je regrette certes une certaine esthétique « boueuse » (celle des enfers mêlée à celle du Moyen-Âge), qui lasse un peu. Pour ce qui est du scénario, disons que je savais où je mettais les pieds.

Publié sur Instagram le 28 février 2026