Communicant et enseignant

En 2012, Journey (le voyage, littéralement) avait marqué les débuts du jeu indépendant. Une expérience courte, épurée, qui réduisait le roman d’apprentissage à sa plus simple expression : gravir une montagne, à l’horizon. Un jeu beau, qui ajoutait à l’esthétique une réflexion sur ce qu’est le compagnonnage et la coopération dans un jeu vidéo, en nous faisant croiser des compagnons (joueurs réels) éphémères, avec lesquels on ne pouvait rien faire d’autre que chanter.

De là est né un style de jeu minimaliste : un voyage linéaire, contemplatif, marqué par une certaine esthétique des ruines. Un sentiment de transcendance. En mode horrifique avec Limbo, en mode post-apo avec Far : Lone Sails. Un jeu où l’on avançait dans un monde déserté avec une sorte de locomotive, dont il fallait remplacer les pièces détachées en fouillant dans des villes abandonnées.

Les Suisses d’Okomotive, à l’origine de Far, se sont ainsi spécialisés dans le genre.

Avec Herdling, vous êtes un berger qui fuit la ville. Vous rassemblez sur votre chemin votre troupeau : des espèces de yaks mystiques, très attachants, les calicornes.

Et direction la montagne, et au-delà, une sorte d’Arcadie, de vallée merveilleuse. Il faut guider le troupeau, s’éloigner de la civilisation, éviter les quelques ennemis (des sortes de rapaces, des crevasses de glace…), jusqu’à cet eden final.

Ces obstacles ont un goût d’inachevé à mon goût : ils ternissent l’expérience contemplative mais ne sont pas suffisamment aboutis pour changer le propos général. Et ils sont finalement légèrement agaçants – sorte de passage obligé ludique, et n’apportent pas grand chose.

Un jeu déjà joué donc, agréable mais pas incontournable. Autant découvrir Journey si on ne connaît pas le genre.

Publié sur Instagram le 22 février 2026