Communicant et enseignant

La légende raconte l’histoire de Véronique. Bergère indépendante, liée à son chien, et ses bêtes, heureuse dans la solitude des hauts plateaux alpins. Mais le monde est injuste, et poursuivie par brigands et leurs chiens, elle se jette d’un piton rocheux. La légende souhaite pour une fois une fin heureuse, ajoute que son jupon fit parachute et la sauva.

Belle entrée en matière, quasi-poème en prose.

Et puis retour brutal au quotidien. Marie-Pierre, femme célibataire, un peu seule dans sa vie francilienne approchant la retraite, apprend que la maison de famille savoyarde, dont elle est la seule héritière, a été abîmée lors d’un orage. Et la voilà de retour à Onnion, village entre Mont Blanc et Léman, le temps d’un été – au moins.

Il faut dire que cette rupture de ton, ce passage d’une écriture lyrique à une forme de prosaïsme, déroute au début. Et puis, on comprend que la vraie histoire n’est pas celle de Véronique mais de Marie-Pierre.

C’est un roman sur les seuils d’une vie. Le moment où plus rien ne sera comme avant, et où il faut décider ce qu’on a longtemps repoussé. Ce que l’on garde, et ce qu’on abandonne. L’approche de la retraite ; que faire de cette maison vide et abîmée ? S’y installer définitivement ou la vendre ? Que faire de la collection de fossiles du père, depuis longtemps décédé ?

Marie-Pierre repousse le moment. Elle se rappelle son enfance, ses pensées errantes convoquent les vieilles légendes, les vieilles comptines, les vielles randonnées. Manière aussi de s’entourer de fantômes (papa, cousin) alors qu’elle est seule. Ce n’est pas le charpentier, son neveu, ou l’agaçante jeune bergère, tous sympathiques au demeurant, qui pourront décider pour elle.

Mais entrer dans la retraite, c’est pour elle à la fois revenir et abandonner définitivement l’enfance. Comme si l’âge adulte avait permis de conserver une illusion que le réel détruit d’un coup. Par un épicéa tombé sur une toiture.

Publié sur Instagram le 6 février 2026