Il y a des bouquins qui essaient de vous prendre au piège – et pas dans un sens positif. Ils veulent choquer. Critiquez-les, et vous passez pour un vieux con. Celui-la est d’autant plus roublard, qu’il renverse la logique en vous menaçant de passer pour un con-woke qui ne comprend pas l’Art.
Le narrateur est un personnage assez classique du roman français : le jeune petit-bourgeois en rupture de ban, désœuvré semi-raté (pense-t-il), houellebecqo-célinien (espère-t-il). Il s’exprime pas mal, dans son genre : une sorte de détachement familier cynique, qui se lit bien, avec un talent pour le pittoresque et pour sauter d’un registre de langue à l’autre, d’un argot à un jargon.
Pour changer de cette vie, il essaie d’y mettre fin. Puis renonce. Et décide comme « revanche » de mettre fin à celle de six femmes. Bon. D’American Psycho aux Caves du Vatican d’André Gide, l’Art a réussi à produire des œuvres très intéressantes sur la violence gratuite. Qui en creusent les raisons profondes (métaphysiques, sociologiques…).
Là, on peine à en trouver, au-delà du kiff d’être un « rebelle ». La pseudo-raison anthropologique est absurde (s’attaquer à un échantillon de la société française, de l’aristo à la SDF). Et les autres justifications semblent se dédouaner de toute responsabilité : cf. la 4e de couverture. Le focus sur les femmes, c’est parce qu’il les aime (on s’attend à ce qu’il ajoute « je suis pas un p*d*, moi ») ! D’ailleurs regardez, ça ne se finit pas bien pour le narrateur à la fin. En effet, avec un deus ex machina très léger, qui permet de dire qu’il n’y a pas que des femmes qui disparaissent dans ce roman – argument à la limite de l’indécence.
C’est là le cœur du problème : une histoire bien menée, mais qui se rend compte de ce qu’elle a produit, et décide de ne pas en assumer les conséquences.
Publié sur Instagram le 30 janvier 2026


